LA VIE SANS TRUC

Synopsis

Pololo le plus grand magicien de Napoli ! Tu parles !
Il vient de paumer les jambes d’Amabilé, sa sublime assistante,
dans le numéro de la femme coupée en deux !
Pour la consoler, il lui a promis de lui payer des vacances
à la mer. C’est bien beau ! Mais maintenant qu’il est sans boulot,
va falloir qu’il aille faire le guignol au Pôle Emploi, comme tout le monde !

NOTE D’INTENTION

Idéalement, La vie sans truc chercherait à s’apparenter à un poème à la Prévert, un poème-histoire mi vrai-mi faux, démarrant sur un truc improbable, s’accrochant à la réalité tout en dérapant par moment dans le surréalisme, un inventaire d’aventures qui s’entassent : la petite caravane sur le terrain vague, les jambes perdues, les larmes d’Amabilé, l’abandon de la magie, les boulots chiants, la moustache à raser, les gens rasoirs, les vacances à la mer, les licenciements, la princesse et l’anglais, l’accident de bagnole, la nouvelle paire de jambes…

A travers ce film, nous avons voulu parler d’un personnage solitaire et émouvant. On aimerait que Popolo puisse être de la famille de Charlot, Bourvil ou Monsieur Hulot. Mi-looser, mi-clown, Amoureux -avec un grand A- mais tout en retenue, qui privé de son arrangement ludique avec la vie : son métier de magicien, par un prétexte sans appel, -il a perdu les jambes de son amie et assistante lors d’un tour- est obligé de composer avec une réalité qu’il connaît mal et à laquelle inconsciemment il se refuse.

De son décalage au monde et à sa dure « réalité », nous voudrions faire sortir une poésie burlesque bien sûr, mais aussi mêlée de nostalgie et de tristesse. Car Popolo, si inadapté si maladroit soit-il dans cette petite parenthèse de sa vie qui nous est donnée à voir, ne s’en tire pas plus mal qu’un autre. Non seulement il accepte sans ciller toutes les éventualités du Sort mais surtout, il révèle le côté absurde et superficiel de notre société ultra moderne qui a juste tendance à se décentrer d’une problématique complexe mais essentielle : le bonheur des Hommes. “Do you speak english ?” demande la dame de “Paul Emploie” à Popolo qui ne connaît pas un mot d’anglais et lui de se lever d’un bond en répondant sans même réfléchir “Yes! Wall Street english !”.

Et l’Amour dans tout ça ? L’Amour traverse le film de part en part mais discrètement, en toile de fond. Il ne se déclare ni ne se déclame. Il passe dans un tressaillement, dans un regard, dans des blagues qui tombent à l’eau, dans une tranche de jambon passée sous la porte, et même dans un reproche ou une déception. Il est traité extrêmement pudiquement sans être jamais solutionné (là encore comme chez Chaplin ou Tati).

Depuis On a beau être bête on a faim quand même (2001) jusqu’à la Saint-Festin (2007) en passant par Les Cow-boys n’ont pas peur de mourir (2008), nous nous employons à emprunter de nombreux chemins de traverse : jeu des références et des détournements, rencontre de genres très différents apparemment pas faits pour s’entendre, recherche de partis pris graphiques et sonores qui dialoguent avec l’histoire racontée…Ce qui nous intéresse, c’est de créer un frottement, un télescopage permanent entre l’extraordinaire et le quotidien le plus banal.

Dans cette nouvelle histoire, nous avons envie de faire cohabiter le décor et son envers, les paillettes et les grincements de dents. Nous voulons poursuivre et pousser encore davantage l’exploration d’un univers déjà très composite avec ces personnages tout simplement dessinés au crayon qui évoluent le plus naturellement et librement du monde dans des décors extrêmement sophistiqués mixant les sources et les procédés graphiques les plus divers. Le mélange graphique, le décalage de traitement entre personnages et décors est employé ici à mettre en avant le lien ambivalent de ces personnages à leur environnement. A la fois indéniablement imprégnés et dépendants de ce qui les entoure mais en même temps aspirant à plus de simplicité, et de « virginité ».

D’un côté, le monde avec sa surcharge d’informations, sa violence des contraintes, de l’autre les personnages avec leurs aspirations fantasques et libertaires. Au milieu, un graphisme « schizophrène » nous racontant la relation des deux.

Ce côté « simplet » de notre traitement, peut être rapproché du côté naïf et primaire de l’Art Brut qui sous une fine couche d’apparente maladresse nous dit très distinctement : « Attention ! Ne vous y fiez pas ! » Les dessins mignons et inoffensifs, les beaux décors en couleurs ne racontent pas qu’une jolie histoire ! Pas très loin au dessus des chansons mélodieuses, des chorégraphies harmonieuses et des couleurs gaies des Parapluies de Cherbourg, il y a un ciel bien changeant balayé par les vents…

NOTE DE REALISATION

L’UNIVERS GRAPHIQUE

Pour mettre en scène La vie sans truc, nous sommes repartis sur les bases de notre univers où se croisent librement une quantité de sources et de traitements graphiques différents : documents d’archives télé, internet, cinéma, radio, livres, magazines, dictionnaires, journaux, cartes postales… Nous souhaitons utiliser le graphisme comme un procédé de narration à part entière. Ainsi selon ce que nous avons à raconter et l’endroit où la scène se déroule, nous nous permettons de changer d’identité graphique. Les intérieurs caravanes seront donc traités en photos montées, assemblées sur Photoshop, issues de catalogues d’ameublement d’époques variées (Manufrance, Ikéa…), la piste du cirque en archives vidéo, les extérieurs (quai de Seine, sortie du Ritz) en maquette réelle, le “Paul emploie” en 3d… Sans cesse nous cherchons à détourner, recycler, transformer, ce qui existe déjà comme pour l’emmener vers un hyper concentré de ce qu’il exprime initialement. Nous avions déjà mené une démarche analogue avec « La Saint Festin » et l’enthousiasme du public, aussi bien enfant qu’adulte, nous encourage à élargir notre palette sur ce nouveau projet.

LES PERSONNAGES

L’animation des personnages se fait en traditionnel. Leur graphisme naïf et incisif à la fois est tout à l’image de l’histoire racontée : faussement simple et drôle. Ils sont dessinés au crayon sur du papier et sont ensuite scannés puis mis en couleur sur ordinateur et incrustés dans le décor du film sous After Effect. L’animation des personnages se fait exclusivement d’après un montage son des voix définitives des comédiens. Ceci afin de ne surtout pas limiter une interprétation vivante et enlevée des personnages que seul permet le jeu de l’improvisation sur les dialogues du scénario. Nous trouvons que l’animation des personnages ne s’en trouve que mieux portée.

L’UNIVERS SONORE

Pour donner vie à ce petit monde nous souhaitons développer un univers sonore spécifique. Des dialogues quelques fois taillés à l’emporte pièces qui détonnent avec le style graphique (« C’est ça Harry Potter de mes deux ! »), un Popolo extrêmement volubile et enthousiaste remplissant une grande partie de l’espace sonore. Des interprètes capables d’être tout à la fois dans la finesse et l’ exagération. Là encore, il s’agit de laisser le champ libre à toutes les combinaisons possibles de références cinématographiques (Tati et Truffaut étant de loin les plus évidentes), de bribes d’archives d’époques variées, disposées ça et là comme autant de couches « d’atmosphèèèèèïres » et de clins d’œil aux spectateurs.


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